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L’idée de rompre le lien avec la monarchie divise le caucus libéral

Publié le 12 janvier 2012

Les députés du Parti libéral du Canada sont divisés au sujet de l’idée de couper les ponts avec la monarchie britannique. Cette proposition, issue de l’aile jeunesse du parti, sera débattue lors du congrès du parti, qui aura lieu en fin de semaine à Ottawa.

Interrogé à l’occasion du caucus du parti, mercredi, le député de Westmount-Ville-Marie, Marc Garneau, s’est réjoui à l’idée de participer à des discussions sur le sujet. M. Garneau dit croire que le chef d’État du Canada devrait être un Canadien.

Son collègue Dominic LeBlanc, fils de l’ex-gouverneur général Roméo LeBlanc, n’est pas de cet avis. Il soutient que discuter de l’avenir de la monarchie est « une perte de temps » en ce moment, et que les libéraux devraient s’attaquer à des sujets plus importants.

Le député d’Ottawa-Sud, David McGuinty, a pour sa part refusé de se mouiller. Il s’est contenté de dire qu’il est souhaitable qu’un parti discute d’une multitude d’enjeux. Le frère du premier ministre ontarien Dalton McGuinty dit ne pas craindre que le sujet divise les troupes libérales.

La résolution sur l’abolition de la monarchie est l’une des 30 idées qui seront débattues lors du congrès. D’autres portent sur la légalisation de la marijuana, la mise sur pied d’un réseau national de garderies, la réinstauration du programme des Bourses d’excellence du millénaire et la construction d’un train à grande vitesse dans le corridor Québec-Windsor.

Le texte de la résolution sur l’abolition du lien monarchiqueATTENDU QUE le Canada est un pays multiculturel, édifié par des gens d’origines très diverses, où actuellement aucun citoyen ne peut aspirer à être le chef d’État de son propre pays;ATTENDU QUE les Canadiens croient que la position sociale est quelque chose que l’on acquiert et non pas un privilège donné à la naissance;

ATTENDU QUE notre chef d’État devrait être un vrai représentant de la population canadienne;

ATTENDU QUE le Canada s’enorgueillit d’être un pays démocratique, doté d’institutions démocratiques;

ATTENDU QUE des lois étrangères interdisent aux personnes qui ne sont pas de religion anglicane de prétendre occuper les fonctions de chef d’État du Canada;

ATTENDU QUE la désignation du chef d’État du Canada devrait être conforme aux lois canadiennes garantissant l’égalité, indépendamment de toute discrimination fondée sur le sexe ou la religion, comme le stipule la Charte canadienne des droits et libertés;

ATTENDU QUE les Canadiens contribuent financièrement plus que les Britanniques à l’entretien de la Monarchie (NDRL : selon un article du magazine MacLean’s);

ATTENDU QU’une personne qui n’a pas été élue peut outrepasser la volonté du Parlement et a les moyens de le faire;

IL EST RÉSOLU QUE le Parti libéral du Canada exhorte le Parlement du Canada à former un comité multipartite ayant pour mission d’étudier les moyens qui permettraient à la population d’élire un chef d’État canadien et de rompre tout lien officiel avec la Couronne britannique.

Vers une inclusion dans le programme du parti

Si la résolution devait être adoptée au congrès, elle serait soumise au chef intérimaire Bob Rae et au caucus libéral en vue d’une éventuelle inclusion dans le programme du parti. Les jeunes libéraux disposent d’un tiers des votes au congrès du parti.

Le congrès biennal du Parti libéral du Canada aura lieu huit mois après que la formation eut subi la pire défaite de son histoire. La formation politique n’a fait élire que 34 députés et a été reléguée au statut de troisième parti, derrière le Nouveau Parti démocratique.

La résolution sur l’abolition de la monarchie tranche avec l’approche adoptée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Depuis que le premier ministre a décroché une majorité parlementaire le 2 mai dernier, la marine et l’aviation ont retrouvé l’appellation « royale » qu’elles avaient délaissée en 1968.

Deux tableaux du peintre québécois Alfred Pellan placés depuis des décennies au-dessus du comptoir de la réception du ministère des Affaires étrangères à Ottawa ont aussi été retirés au profit d’un portrait de la reine Élisabeth II.

Un lien monarchique qui divise le pays

Les Canadiens entretiennent une relation ambiguë avec la monarchie britannique si l’on en croit de récents sondages.

En juin 2010, alors que la reine s’apprêtait à entreprendre une visite au Canada, un sondage Harris-Decima avait révélé que 48 % des Canadiens étaient d’avis que la monarchie « constitue une relique de notre passé colonial qui n’a plus sa place au Canada aujourd’hui ».

Selon le même coup de sonde, pas moins de 44 % des Canadiens - et 58 % des Québécois - approuveraient par ailleurs la tenue d’un référendum portant sur le maintien de la monarchie.

La visite au Canada du prince William et de son épouse Kate Middleton a cependant été suivie avec beaucoup d’enthousiasme par le public canadien cet été.

En août 2011, un autre sondage Harris-Decima révélait cependant que 56 % Canadiens approuvent la décision du gouvernement Harper de redonner l’appellation royale à la Marine et la Force aérienne contre 31 % qui s’y opposent.

Le Québec est la seule province où une majorité de citoyens sont contre la décision : 46 % des répondants désapprouvent l’initiative du gouvernement, contre 41 % qui l’appuient.

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